Biodisponibilité du CBD : les voies d'absorption

Deux produits peuvent contenir la même quantité de cannabidiol et livrer des quantités très différentes dans le sang. La différence tient au trajet, pas à l'étiquette.

Révisé par Bernard Vos le

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Ce que signifie la biodisponibilité

La biodisponibilité désigne la fraction d'une quantité administrée qui atteint réellement la circulation sanguine générale. Elle s'exprime en pourcentage de la quantité de départ.

Une injection intraveineuse atteint par définition 100 %, puisque la substance entre directement dans le sang. Toutes les autres voies entraînent des pertes en chemin. Une partie n'est pas absorbée, une autre est transformée avant d'arriver dans la circulation générale.

Pour le cannabidiol, ces pertes sont importantes. Une revue systématique des données humaines a relevé des fractions absorbées faibles et très variables d'une personne à l'autre (Source : Millar et al., 2018). Le cadre général figure sur la page utilisation du CBD.

Pourquoi la voie d'absorption change tout

Chaque voie impose ses propres obstacles anatomiques, et ces obstacles expliquent l'essentiel des écarts.

Par inhalation, la molécule passe des alvéoles pulmonaires vers le sang presque sans étape intermédiaire. Le foie n'intervient pas avant l'arrivée dans la circulation générale.

Par voie sublinguale, une partie de la quantité déposée sous la langue traverse la muqueuse buccale et rejoint directement la circulation. Ce trajet contourne partiellement le foie. La fraction avalée ensuite suit, elle, la voie orale.

Par voie orale, la substance passe par l'estomac et l'intestin, puis rejoint le foie par la veine porte. Les enzymes hépatiques du groupe cytochrome P450 en transforment une part avant qu'elle n'atteigne la circulation générale. Ce phénomène porte le nom d'effet de premier passage hépatique et représente la principale source de perte.

Par voie cutanée, la peau constitue une barrière efficace. Un baume reste pour l'essentiel dans la zone d'application, avec un passage sanguin très limité. Un patch transdermique vise au contraire une diffusion progressive vers la circulation.

Les fractions rapportées selon la voie

Les ordres de grandeur ci-dessous proviennent de la littérature pharmacocinétique et restent approximatifs. Les écarts entre individus dépassent souvent les écarts entre méthodes.

Inhalation : environ 30 % de la quantité inhalée, avec une montée rapide de la concentration sanguine.

Voie sublinguale : de l'ordre de 13 à 19 %, selon la durée de contact avec la muqueuse et la formulation.

Voie orale : environ 6 à 8 % à jeun, avec une montée plus lente et étalée.

Voie cutanée : proche de zéro pour un baume classique, la substance restant dans la zone traitée. Les patchs conçus pour une diffusion transdermique visent des valeurs supérieures, mais les données publiées restent limitées.

Ces chiffres décrivent des moyennes issues de travaux menés sur de petits groupes. Ils ne prédisent pas ce qui se passe chez une personne donnée.

Ce qui modifie l'absorption

Au-delà de la voie choisie, plusieurs facteurs font varier la fraction absorbée dans des proportions parfois considérables.

Le contenu du repas vient en tête pour la voie orale. Le cannabidiol est liposoluble : pris avec un repas riche en matières grasses, il est absorbé en quantité nettement supérieure qu'à jeun. Les travaux disponibles rapportent des écarts d'un facteur quatre à cinq.

L'huile porteuse intervient aussi. Une huile de coco fractionnée, dite MCT, se comporte différemment d'une huile de graines de chanvre, tant en fluidité qu'en composition en acides gras.

La formulation peut être modifiée volontairement. Certains fabricants recourent à des nanoémulsions ou à des systèmes autoémulsionnants. Des chercheurs ont également étudié l'ajout de pipérine, un composé du poivre noir, sur l'absorption orale de formulations de cannabidiol (Source : Izgelov et al., 2020).

Les facteurs individuels ferment la liste : fonction hépatique, traitements en cours, variations génétiques de l'activité des enzymes P450. Ils expliquent pourquoi deux personnes prenant la même quantité présentent des concentrations sanguines différentes (Source : Iffland & Grotenhermen, 2017).

Pourquoi ce paramètre change une comparaison de produits

Comparer deux produits sur les seuls milligrammes affichés revient à ignorer la moitié de l'équation.

Prenons deux produits contenant chacun 20 mg de cannabidiol par unité de prise, l'un sous forme d'huile gardée sous la langue, l'autre sous forme de gélule avalée. Les fractions absorbées rapportées pour ces deux voies diffèrent d'un facteur deux à trois. L'étiquette, elle, affiche le même nombre.

La conséquence pratique est directe : une personne qui change de forme sans changer de quantité change en réalité de quantité effective. C'est la raison pour laquelle les retours d'expérience comparant deux formes sur la seule base des milligrammes conduisent souvent à des conclusions erronées.

La page mg de CBD par goutte explique le calcul de la quantité administrée, et la page concentration ce que recouvre le pourcentage affiché.

Ce qu'un certificat d'analyse ne mesure pas

Un certificat d'analyse indique la teneur du produit, jamais la fraction absorbée par une personne. Cette distinction revient souvent dans les questions de consommateurs.

Un rapport de laboratoire peut confirmer qu'une huile contient bien 100 mg de cannabidiol par gramme. C'est une mesure objective, réalisée sur le contenu du flacon. Elle ne dit rien du trajet dans l'organisme, qui dépend de la voie d'administration et de la personne.

Les deux informations sont complémentaires. La lecture d'un rapport est détaillée sur la page certificat d'analyse.

Prise répétée et accumulation

Sur une prise unique, la biodisponibilité suffit à décrire l'arrivée dans le sang. Sur des prises répétées, deux paramètres supplémentaires entrent en jeu.

Le premier est la demi-vie, c'est-à-dire le temps au bout duquel la concentration sanguine a diminué de moitié. Les valeurs rapportées pour le cannabidiol s'étendent sur une large plage, de quelques heures à plus d'un jour selon la voie et le protocole (Source : Millar et al., 2018).

Le second est la distribution dans les tissus gras. Le cannabidiol étant liposoluble, il se répartit dans le tissu adipeux, d'où il est relargué lentement. Après plusieurs jours de prises répétées, la concentration sanguine tend vers un niveau moyen plus stable qu'après une prise isolée.

La page durée des effets reprend ces délais du point de vue du temps ressenti.

Sécurité : le point qui précède toute comparaison

Les interactions médicamenteuses concernent tout le monde, indépendamment de la voie choisie.

Le cannabidiol influence des enzymes hépatiques du groupe cytochrome P450, impliquées dans la dégradation de nombreux médicaments. L'ANSM a publié une liste de spécialités concernées et des signalements recueillis auprès du réseau de pharmacovigilance. Contourner le foie par la voie sublinguale ne supprime pas cette interaction : la molécule finit de toute façon par y passer.

Les pages interactions, effets secondaires et grossesse détaillent ces sujets.

Pour poursuivre : prise sublinguale, dosage, législation et tout sur le CBD.

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis médical. En cas de traitement en cours, de grossesse ou de doute, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

Sources

  1. 1.ÉtudeA systematic review on the pharmacokinetics of cannabidiol in humansFrontiers in Pharmacology (). DOI: 10.3389/fphar.2018.01365
  2. 2.ÉtudeThe Effect of Piperine on Oral Absorption of Cannabidiol FormulationsMolecules (). DOI: 10.3390/molecules25040956
  3. 3.ÉtudeAn update on safety and side effects of cannabidiol: a review of clinical data and relevant animal studiesCannabis and Cannabinoid Research (). DOI: 10.1089/can.2016.0034
  4. 4.Cannabidiol et interactions médicamenteuses : point d'informationANSM ()